Le monde de gisp

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Grand-mère indigne

« Petite fille, j’étais une enfant douce au regard vibrant. Je découvrais le monde en riant et si, parfois, je lâchais la main de mes parents, c’était pour mieux courir mon chemin. Une fleur dans les cheveux, l’innocence au fond des yeux,  je grandissais trop vite pour les adultes qui veillaient sur moi. On admirait mes longs cheveux bouclés, mon sourire et la grâce de ma jeune présence. Mon envie d’apprendre sans cesse surprenait parfois les grands mais j’avais besoin de cet espace de liberté pour m’échapper petit à petit du cocon protecteur de ma famille… »

 

Petite musique de nuit… mince mon portable ! J’ai horreur d’être dérangée lorsque je travaille et puis là, je tenais mon sujet… une histoire qui commence bien et qui doit mal finir, demande impérative de mon éditeur. Bon, décroche… décroche pas ? C’est ma mère… décroche ! Coincée entre la petite fille que je n’ai jamais été et la mère « idéale » que je n’aurai jamais non plus, me voilà partie pour une heure de plaintes et de jérémiades.

 

Tout d’abord ses voisins qui ne lui disent plus  bonjour depuis qu’elle a alerté la police pour la musique un peu forte du petit dernier qui fêtait encore son BAC après vingt-deux-heures et ce, malgré le mot déposé sur la porte d’entrée (ce n’est pas une raison, n’est-ce pas, pour tout se permettre).

Ensuite mes deux frères qui ne viennent plus la voir, et pour cause… ils sont beaucoup moins patients que moi.

 

A nouveau les voisins, la jolie fille du second cette fois ci qui change d’amants comme de couches (pardon, je voulais dire comme de chemises). Les yeux posés sur l’écran de mon ordinateur, j’ai de plus en plus de mal à suivre le déroulement des hostilités raconté par ma chère maman… De quoi parle-t-elle maintenant ? J’essaie de suivre mais ça devient de plus en plus compliqué. Ah oui, la petite vieille a fait pipi dans l’ascenseur ! Mais non, voyons, son chien, je te dis… son chien ! Une heure stop chrono…Il faut que je l’arrête, mon roman attend.

 

C’est alors qu’une idée géniale surgit de mon esprit d’auteur à succès : - Maman, que fais-tu ce weekend ? Ma mère en perd le fil de ses récriminations et me demande alors pourquoi. Sur un ton plutôt jovial je lui réplique que mes enfants n’ont pas vu leur grand-mère depuis longtemps et qu’ils la réclament régulièrement (Charlotte à six ans et Benoît quatre ans). Grand silence… enfin !

Je lui propose alors de venir dimanche prochain ou de fixer un autre jour à sa convenance. – Laisse-moi réfléchir Lucie (Lucie, c’est mon véritable nom car je signe avec un pseudo) De toute façon, dimanche, ce n’est pas possible, je vois des amies. La semaine d’après non plus, j’ai un concours de crapette. Bon, écoute, le mieux, c’est que je te rappelle… d’accord ? Je te laisse et embrasse bien les petits pour moi (évidemment, elle oublie volontairement de nommer Philippe, le père de mes enfants). – Merci maman, je n’y manquerai pas !

 

Ouf, elle a raccroché… ou en étais-je déjà ? Ah, oui, le cocon protecteur de la famille…

 



03/11/2017
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